Brume, une fiction interactive de Rémi Verschelde

Brume est une fiction interactive écrite à l’occasion du quatrième concours francophone, par Rémi Verschelde (Akien). Le thème de ce concours était ‘La Fumée’. C’est une œuvre courte, très courte, mais puisque c’est la première IF qu’il m’a été donné de terminer, ce sera la première dont je parlerais…

L’introduction nous donne à voir un paysage de fumée et de braise et à entendre le crissement de la pluie sur le sol bouillant de ce qui ressemble à un volcan. Une image lancinante tirée d’un rêve.

Puis ce rêve s’achève et l’on se réveille dans une chambre délabrée, le corps abruti et empli de douleur. Tout est enfumé ici, d’une brume noire, épaisse, qui empêche de penser et de respirer. Le songe était peut-être de ceux qui sont dictés par l’expérience sensible de notre corps endormi, par ce qu’il perçoit de l’autre côté.

C’est que la brume semble avoir surtout enveloppé notre corps et s’en être emparé. Celui-ci ne se meut que comme on s’oriente dans un décor enfumé et inconnu : avec hésitation et effort. Et notre esprit ne va pas mieux…

Mais cette brume n’est dans notre tête que parce que notre corps s’y heurte physiquement. Si l’on tarde à s’échapper de cette chambre, les flammes dévorantes frapperont comme un glas révélant la raison d’être de ce songe magmatique. Il n’était en fait qu’un écho, inoffensif lui, une intuition, de ce qui se trame au-dehors…

Il faut donc sortir, et au plus vite. La vision de la montagne fumante nous revient par intervalles, nous savons d’instinct que le danger est palpable.

Il nous faut fouiller la pièce, tenter de trouver ses failles. « Il doit y avoir un moyen de s’échapper« , forcément. Cette chambre semble ordinaire, mais il faut fouiller encore, la retourner mentalement dans tous les sens.

Mais le dénouement, la fuite, n’apportera que peu de réponses. Au contraire, il fera naître d’autres interrogations. Cette lettre, cette « porte » volontairement entrouverte, cette vie volontairement épargnée… Il doit forcément y avoir un sens à tout ceci.

Brume est un jeu qui fonde son expérience sur l’ambiance. L’incarnation du personnage est renforcée par le sentiment de posséder un corps endommagé et de sentir un danger imminent. Les énigmes à résoudre ne présentent pas de difficulté particulière, mais sont honnêtes : elles sont logiques, s’inscrivent parfaitement dans l’intrigue et se résolvent en connaissance de cause. Chaque échec rend les tentatives ultérieures encore plus prenantes.

Le concept de la pièce unique d’où il faut s’échapper est certes classique, mais il est servi avec efficacité et avec soin. La chambre est soignée et remplie de détails, ce que permet et favorise ce type de scénarios. Au final, l’expérience de jeu ne dure certes qu’un temps court, mais elle est authentique.

Ce format de jeu permet à mon sens d’atteindre plus vite une qualité descriptive et émotionnelle chez le lecteur. Les actions et les enjeux sont magnifiés parce qu’ils sont moins nombreux, moins espacés dans le temps et l’espace. Je retrouve ce même sentiment à la lecture d’une nouvelle.

Pour autant, la profondeur narrative sera limitée par le cadre réduit. Il y a un côté frustrant à ne pas comprendre de quoi il s’agit vraiment (même si c’est par exemple le propre et la force du genre fantastique). Les clefs auraient pu être données dans une œuvre ultérieure, moins dense et plus narrative, dans un format plus long.

Brume aurait alors pu servir de tremplin à cette autre aventure, ce qui lui aurait confié un sens supplémentaire, à côté de celui qu’il détient intrinsèquement…

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Un commentaire sur “Brume, une fiction interactive de Rémi Verschelde

  1. Merci pour cette critique dont le style fait un très joli écho à l’ambiance de Brume. Ça me fait plaisir de voir que mon petit jeu reste pertinent et intéressant aujourd’hui.

    Tu fais mouche sur la frustration qu’apporte une histoire sans vrai dénouement, et qui appelle clairement à une suite dans un format éventuellement différent. Lorsque j’ai écrit Brume, j’ai un peu lancé des idées sans vraiment savoir ce que je voulais mettre derrière (même si je suis resté vigilant à ne pas poser trop de questions qui n’auront jamais de réponse).

    J’ai songé à écrire une suite, mais n’ai jamais vraiment trouvé la motivation. Un jour peut être… Encore que pour moi l’écriture de Brume étant avant tout un exercice de style, pouvoir créer une ambiance pesante et profonde du fait de l’espace réduit est un sentiment assez agréable. Si je me lançais à nouveau dans une fiction interactive, je chercherais probablement avant tout l’immersion profonde du joueur (halte aux « crimes against mimesis »), mais j’essaierais cette fois d’avoir un vrai scénario ayant un début et une fin cohérents.

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