[ARCHIVE] À propos de «Comédie!»

Une note au sujet de Comédie, ma fiction interactive pour le concours francophone 2014-2015.

** Cette note a été rédigée pour l’accompagner, si bien que de nombreuses choses ont évolué depuis. Je vous invite aussi à lire ce sujet si cela vous intéresse **

 

 

 

N.B. cette note n’est pas un walkthrough; elle contient des spoils massifs et ne s’adresse qu’à une personne ayant terminé le jeu ou n’ayant pas le souhait de le faire; elle livre mes idées concernant le développement du jeu; elle n’engage évidemment que moi

 

Si cela vous convient, allons-y!


Avant toute chose, je dois préciser que je considère Comédie comme une oeuvre minuscule. Tout d’abord en tant que FI et par rapport aux autres travaux qui ont pu être réalisés, mais aussi pour moi, par rapport à ce que je souhaitais et souhaite faire.

Cela étant dit, voici quelques développements sur ce que j’ai voulu faire avec cette fiction.

Le thème de la French comp’ 2014-2015 était « Spectacle ». J’ai voulu que Comédie entretienne un double rapport avec ce terme, ce qui donne deux niveaux de lecture.

Première lecture — La Compagnie du Nouveau Jour

L’intrigue se déroule dans les années 1950. L’histoire est celle d’une société, la Compagnie du Nouveau Jour, offrant un divertissement prenant la forme d’un jeu de rôle grandeur nature extrêmement poussé, et de la soirée d’essai de M. Edgar Havre, personnage principal au sein de cette aventure.

Comme l’épilogue le laisse entrevoir, l’essai n’a pas porté ces fruits… Le but de celui-ci est de s’assurer que les joueurs prennent à l’ameçon du faux, afin que tout ne s’écroule pas.

Dans ce cadre, il est sous-entendu, mais peut-être pas évident, qu’Ernest veille au bon déroulement des choses. Je n’ai pas mis assez d’énergie à suggérer cela, mais l’idée était qu’Ernest laisse entrevoir que tout n’est qu’un jeu.

Les autres personnages : Monsieur Barnier, Rita Aguse et Walter, sont des joueurs qui ont vraisemblablement déjà fait leurs preuve, ou qui, peut-être, sont aussi à l’essai.

La personnalité et les relations des différents protagonistes ne sont pas dictées par leur rôle, mais sont bien « réels ». Le jeu proposé par la Compagnie du N.J. dicte seulement une position sociale, professionnelle, éventuellement un embryon d’histoire à peaufiner, exactement comme un « background » dans les jeux de rôle conventionnels.

L’offre de la Compagnie du N.J. n’est ni plus ni moins que celle d’une nouvelle vie, au moins temporairement. L’autre idée suggérée par l’épilogue est qu’il n’est pas possible d’accéder directement au « personnage » que l’on souhaite : pilote d’avion, acteur célèbre, etc. : évidemment, les meilleurs places sont réservées à ceux qui ont fait leurs preuves, y compris avec une assise financière solide…

Les quelques consignes confiées à M. Havre, qui incarne l’assistant de M. Havre, visent donc à voir son degré d’implication, sa capacité à croire et faire croire que tout cela est réel.

Un point doit être précisé. L’épilogue du jeu proclame que *tout était absolument faux*, mais ce n’est pas aussi simple. En effet, ce qui s’est passé s’est réellement passé. Il ne s’agit pas d’un rêve ou d’une réalité virtuelle : ce que M. Havre accomplit matériellement est concrètement et effectivement achevé. De la même manière, la conclusion montre que M. Havre éprouvait quelque chose pour Rita, et aurait aimé la revoir, en tant que Rita, mais aussi en dehors de l’aventure.

De la fausseté de ce jeu proposé par la Compagnie du Nouveau Jour, des sentiments réels (ou du moins des ébauches) sont donc nés. C’est que les personnes sont bien des joueurs derrière leur personnage, et le jeu ne fonctionne qu’en tant que le joueur croie n’être que son personnage.

Deuxième lecture — Le spectacle

Derrière cette première lecture se trouve un autre aspect que j’ai souhaité exploiter dans Comédie et qui provient directement du thème de cette compétition. En ébauchant ce que serait Comédie, j’ai essayé de décortiquer ce thème : Spectacle.

J’ai fini par me diriger vers un sens particulier du mot, qui est celui adopté par Guy Debord. Sa vision des choses a beaucoup impreigné ce que j’ai voulu faire et essentiellement ce qu’il décrit comme relations entre le *faux* et le *vrai* au sein de la société spectaculaire.

Une des idées est que ce divertissement proposé par la Compagnie du Nouveau Jour me paraissait être une sorte d’allégorie, certes bien naïve et facile, de ce mélange malsain du faux et du vrai au profit du premier. Le client de cette société échange de l’argent contre la possibilité de croire que sa vie sociale, relationnelle, possèderait une qualité particulière.

Au-delà de cette vague idée générale, une première phrase m’a apporté un peu d’inspiration :

 » Ce qui relie les spectateurs n’est qu’un rapport irréversible au centre même qui maintient leur isolement. Le spectacle réunit le séparé, mais il le réunit en tant que séparé. « 

Ce « centre » qui maintient l’isolement tout en réunissant pourrait parfaitement être la Cie du Nouveau Jour (qui n’est elle-même qu’une sorte de société où le spectacle est particulièrement et ouvertement concentré).

Car l’expérience offerte par la Cie du Nouveau Jour, qui pourtant dispose vraisemblablement de moyens considérables, n’est pas de créer un lieu et un instant où les joueurs/personnages se rencontrent et existent entre eux, ni de créer un autre rapport à soi et au monde pour ces joueurs qui veulent vraisemblablement échapper à leur vie « normale ». Non, la Cie (le spectaculaire) réunit bien *en tant que séparé* : des personnages qui seront isolés comme le sont les joueurs, des personnages qui correspondront toujours à ce que le spectacle leur *laisse* être (et Ernest veille).

Une seconde citation m’a impreigné pendant que je réfléchissait à Comédie :

 » C’est une société et non une technique qui a fait le cinéma ainsi. Il aurait pu être examen historique, théorie, essai, mémoire. Il aurait pu être le film que je fais en ce moment  »

(In girum imus nocte et consumimur igni, 1978)

Cette idée marque surtout ce que je vois dans la fiction interactive : un médium capable d’interroger l’intelligence humaine pratiquement comme le ferait un livre. Je ne pense pas que certains objets culturels transmettent des idées et d’autres non. Un objet de divertissement véhicule aussi des idées et à tout le moins celle de sa propre existence en tant que (seul) divertissement…

Comme je le disais dans le walktrough, si Comédie avait été plus longue, la fin aurait certainement été aussi raide, et l’énergie n’a donc rien à voir avec cela. Non, la fin particulièrement abrupte vise à faire interroger sur le rapport au vrai que l’on entretient, c’est une sorte de porte d’entrée vers la deuxième lecture.

Je crois qu’il y a dans les FI un potentiel considérable pour ouvrir des mondes mais aussi pour interroger, faire réfléchir et faire naître des idées, et c’est ce que j’ai souhaité faire avec Comédie, en travaillant ce « double fond ».

Je crois franchement avoir échoué, mais je suis satisfait d’avoir essayé. L’aspect technique de la réalisation d’une FI me paraît plus surmontable désormais, et je suis heureux d’avoir mené à terme ce projet, si minime soit-il.

Pour autant, j’ai hâte d’entreprendre une autre fiction, et j’ai déjà plusieurs idées en tête. Toutes impliquent un projet de plus longue haleine, et j’espère avoir le temps et l’énergie d’en mener au moins un…

En attendant, je vous invite {dès que cela sera possible} à échanger avec moi sur tout ce qui aurait trait à votre/ma lecture de Comédie, et surtout, surtout, je vous remercie d’avoir joué à cette fiction et d’avoir pris le temps de me lire.

À bientôt.

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